AUJOURD’HUI JE PROPOSE D’ABORDER QUELQUES NOTIONS AUTOUR DU MATERIEL
En effet, tout au long de notre pratique photo, nous nous demandons si notre matériel est assez performant et si quelques achats permettraient de réaliser des photographies de meilleure qualité.
Je tiens d’ailleurs à souligner que ces interrogations reviennent pour d’autres arts (peut-être tous d’ailleurs) : la vidéo, la peinture, le dessin. Dans ces cas, on se demande quelle caméra, quels pinceaux et toiles, quels crayons et fusains…etc fourniront les meilleurs résultats. Ce qui change, c’est le prix. Je suis certain que des pinceaux, de la peinture et des crayons coûtent très cher, mais probablement moins qu’une caméra et/ou un appareil photo de qualité professionnel.
Dans notre discipline, nous sommes constamment confrontés à la question de financer notre passion, et cela coûte cher, très cher.
La fameuse phrase de Lacan est vraie : « Le désir naît de la frustration ». Nous sommes parfois tellement frustrés de ne pas avoir le bon objectif pour faire tel ou tel type de photo que lorsque nous l’avons enfin, nous l’apprécions d’autant plus et nous faisons nos photographies avec joie en profitant de chaque moment 🙂 🙂 🙂 🙂
Le meilleur matériel m’aidera-t-il à être un meilleur photographe ?
Réponse simple et naïve : NON
En effet, vouloir être un meilleur photographe signifie principalement essayer de mieux regarder, apprendre à mieux composer une image. Il me semble évident qu’avoir un boîtier plus performant ne nous aidera pas à mieux cadrer.
Si on donnait un smartphone à Todd Hiddo ou Sebastiao Salgado et qu’on leur disait qu’il s’agit des seuls outils qu’ils peuvent utiliser, je suis certain qu’ils produiraient quand même des photographies extraordinaires.
La photo, c’est d’abord une vision du monde avant d’être de la technique.

Réponse plus réfléchie : Peut-être bien que oui !
J’ai très souvent entendu de la part de photographe pro, que finalement le matériel n’avait pas d’importance, que c’est le photographe qui prend des photos et pas son appareil. C’est le discours que j’ai resservi un peu plus haut et qui est vrai dans une certaine mesure.
Mais ne soyons pas hypocrites : l’appareil photo et les optiques que nous utilisons ont une importance capitale ! Les mêmes photographes qui nous disent que cela n’a pas d’importance ont souvent dans leur sac plusieurs milliers d’euros (ou plusieurs dizaines de milliers d’euros) de matériel.
Pour exemple, il n’est pas simple de réaliser un reportage professionnel d’un événement sportif avec un compact ou un smartphone. Pour un photographe de rue, cela serait peut-être moins gênant, mais les images produites ne seront quand même pas équivalentes.

En réalité, les différences seront au niveau des possibilités que le photographe aura à sa disposition.
Avec un matériel avancé, il pourra changer de focale à sa guise, photographier plus facilement dans l’obscurité (performances de l’autofocus et du capteur dans les hautes sensibilités), utiliser des objectifs à grande ouverture afin de générer des flous d’avant et d’arrière-plan. Il pourra aussi réaliser de grands tirages de qualité pour exposer ses images…etc. Tout cela sera beaucoup moins accessible à quelqu’un disposant d’un matériel d’entrée de gamme.

Limiter son matériel volontairement.
Certains photographes choisissent sciemment de n’utiliser qu’un type de matériel. La raison est tout à fait louable : cela fait partie de leur processus créatif et donc de leur style (à ce sujet, je vous suggère la lecture d’un livre formidable 🙂 🙂 🙂 ). Ils veulent se concentrer uniquement sur la photo plutôt que sur la technique qui « perturberait » leur vision.
Parmi les artistes les plus célèbres qui ont opté pour cette solution, on peut citer Henri Cartier-Bresson ou Bernard Plossu. Ces deux figures majeures de la photographie ont utilisé tout deux un seul boîtier associé à un seul objectif durant toutes leur carrière. Quand on sait qu’il s’agit d’un Leica M couplé à un 50mm, on se dit que le matériel a peut-être finalement de l’importance pour eux. Ils s’imposent cependant des limites afin de garder toujours le même regard sur le monde.
Il y a aussi un cas que je n’ai pas encore évoqué : celui du photographe riche.
Bien que ce cas de figure soit probablement assez rare, il doit exister :
Je pense à quelqu’un qui commencerait la photo et dont les ressources financières seraient très importantes. Il aurait donc la possibilité d’acquérir directement le meilleur matériel possible. Pensez-vous qu’il réaliserait immédiatement des images formidables ? Pour ma part, je n’en crois rien. Un boîtier professionnel comporte énormément de réglages qu’il faut savoir maîtriser. Un débutant serait complètement perdu devant tant de complexité.

En conclusion, je pense que l’évolution des compétences d’un photographe va de pair avec l’évolution de son matériel. Il est normal de commencer par acheter un boîtier d’entrée de gamme. 90 % s’en contenteront et s’épanouiront en faisant des photographies de temps à autre. Les 10 % restant, ceux pour qui la photographie est plus qu’un passe-temps, fantasmeront sur des équipements plus élaborés et économiseront patiemment pour arriver à acquérir le matériel de leur rêve. Leurs compétences de photographes évolueront en parallèle de la sophistication de leur matériel.
Et vous, quelle place le matériel a dans votre pratique ?
J’écrirai très prochainement un article sur le matériel que j’utilise en essayant d’expliquer en quoi il est important pour moi.
En attendant, restez au chaud. Confinez-vous, mais n’oubliez pas de faire des photos, chez vous, par la fenêtre…énormément de sujets sont à portée de main.
Je vous invite à regarder quelques vidéos de la chaine Digitalrev (je m’excuse pour les non-anglophones) pour lesquelles des photographes professionnels plus ou moins célèbres se sont prêtés au jeu de tenter de prendre les clichés qu’ils ont l’habitude de faire avec des appareils très très peu performants. On peut se rendre compte de l’importance que peut avoir le matériel dans leur chaîne opératoire puisqu’ils on beaucoup de mal à réaliser une photo exploitable. D’un autre côté, cela met en avant leurs réelles compétences de photographes, car certains s’en sortent vraiment très bien.
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