Six ans de mutations vues depuis 33iso
En 2026, 33iso a six ans.
Six années, à l’échelle de la photographie, c’est presque un cycle complet. Un temps suffisamment long pour voir un monde disparaître, un autre s’imposer, et un troisième émerger sous nos yeux.
Depuis le lancement de 33iso, l’idée n’a jamais été de courir après l’actualité, mais d’observer les transformations profondes de la photographie : techniques, esthétiques, culturelles. Avec le recul, une chose apparaît clairement : tous les grands bouleversements de ces dernières années ont traversé le site.
La mort du reflex : une rupture historique
Lorsque j’ai publié l’article La mort annoncée du reflex, le sujet faisait encore débat. Aujourd’hui, il ne fait plus aucun doute : le reflex appartient au passé.
👉 https://33iso.com/la-mort-annoncee-du-reflex/
Les fabricants ont réussi un tour de force rarement égalé dans l’histoire de la photo :
nous faire changer de type de boîtier,
nous faire changer de monture,
et, par ricochet, changer de parc optique.
Cette transition n’a rien eu de brutal. Elle a été progressive, rationnelle, presque inévitable. Et pour l’accepter, deux leviers ont été déterminants.
L’autofocus : quand la machine commence à voir pour nous
Le premier levier, c’est l’autofocus.
Non plus un simple outil d’assistance, mais un système de reconnaissance avancée des sujets, capable d’identifier visages, yeux, animaux, parfois même des comportements.
👉 https://33iso.com/hybride-vs-reflex-la-mise-au-point-en-question/
Le débat reflex vs hybride s’est largement joué ici.
Ce n’est pas tant la qualité d’image qui a fait basculer les usages — elle était déjà excellente — mais la promesse d’une photographie plus fiable, plus rapide, plus rassurante.
La question n’était plus : sais-je faire la mise au point ?
Mais plutôt : ai-je encore besoin d’y penser ?
La vidéo : la photographie contrainte de muter
Le second levier a été la vidéo.
Les boîtiers photo sont devenus des outils hybrides, conçus dès l’origine pour produire des images fixes et animées.
Cette évolution a profondément influencé :
- la conception des boîtiers,
- celle des optiques,
- et les attentes des photographes eux-mêmes.
La photographie n’était plus seule. Elle devait désormais composer avec le mouvement, parfois au détriment de sa propre spécificité.
L’intelligence artificielle : un choc culturel
Puis est arrivée l’intelligence artificielle.
Non pas comme une simple aide technique, mais comme une remise en question radicale de l’acte photographique.
👉 https://33iso.com/intelligence-artificielle-en-photographie/
Suppression d’éléments, retouche automatisée, génération d’images, reconstitution de détails inexistants…
Pour la première fois, la photographie s’est retrouvée confrontée à une question vertigineuse :
qu’est-ce qui relève encore du réel dans une image ?
Ce moment a marqué un tournant, non seulement technologique, mais culturel et philosophique.
Trop net, trop parfait : la réaction humaine
Face à cette montée en puissance de la technique, une réaction s’est peu à peu dessinée.
Presque instinctive.
👉 https://33iso.com/les-photo-numerique-sont-elles-devenues-trop-nettes/
La netteté excessive, la perfection clinique, l’image irréprochable ont fini par lasser.
En réponse, une autre voie s’est ouverte :
une photographie plus organique, plus imparfaite, plus sensible.
Beaucoup de photographes utilisent même des filtres pour atténuer l’aspect numérique (filtre de diffusion par exemple).
Il ne s’agit pas d’un rejet du numérique, mais d’un rééquilibrage.
Le retour de l’argentique… et de l’expérience
Symbole fort de cette réaction : le retour de la photographie argentique.
Quasi disparue il y a une quinzaine d’années, elle retrouve aujourd’hui une place assumée.
Ce retour ne relève pas de la nostalgie. Il exprime un rapport différent au temps, au geste, à l’attente, à l’erreur.
Dans le même esprit, certains boîtiers numériques ont cherché à renouer avec une expérience plus incarnée.
👉 https://33iso.com/sortie-du-nikon-zf/
👉 https://33iso.com/test-du-fuji-x100vi/
Le succès de ces appareils montre une chose essentielle :
la photographie ne se résume plus à la performance. Elle redevient une expérience vécue.
Les recettes argentiques : imiter le film pour retrouver une sensation
Dans cette quête d’une photographie plus humaine, un phénomène s’est imposé :
la multiplication des recettes numériques cherchant à imiter le rendu argentique.
Ce mouvement n’est pas anodin. Il est profondément révélateur.
Les premiers à l’avoir compris sont les ingénieurs de Fujifilm.
Avec leurs simulations de films, ils n’ont pas simplement proposé des rendus esthétiques : ils ont introduit l’idée qu’une image pouvait être interprétée dès la prise de vue.
La photo n’était plus un fichier neutre destiné à être optimisé plus tard, mais une image déjà pensée, déjà orientée, déjà sensible.
Longtemps isolée, cette approche a fini par faire école.
D’autres fabricants, plus technicistes dans leur tradition, ont compris que le rendu comptait autant que la performance.
Le mouvement dépasse largement les appareils.
Sur Adobe Lightroom, on voit aujourd’hui se vendre massivement des presets inspirés de l’argentique, parfois à des prix élevés, preuve qu’il existe une véritable demande.
Pourquoi un tel succès ?
Parce que ces recettes et presets ne promettent pas une meilleure image techniquement, mais une émotion identifiable, un rendu qui évoque quelque chose de déjà vécu, de déjà aimé.
Choisir une recette, c’est accepter une contrainte.
Un contraste donné, une palette imposée, une interprétation du réel.
Exactement ce que faisait l’argentique.
2026 : vers une photographie plus consciente
Alors, que devient la photographie en 2026 ?
Elle est plus technologique que jamais.
Mais paradoxalement, elle cherche à redevenir plus lente, plus intentionnelle, plus consciente.
Ces six années sur 33iso racontent une trajectoire claire :
celle d’une photographie bousculée par la technique,
menacée par l’automatisation,
mais sauvée par le regard humain.
Si 33iso a un fil conducteur, c’est celui-ci :
la photographie n’est pas une affaire de matériel, mais de perception.
Et en 2026, plus que jamais, regarder reste un acte profondément humain.






