Il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion de retourner sur un spot photo que j’avais “exploré” il y a maintenant douze ans.

À l’époque, je venais tout juste d’acquérir un Fujifilm X100, le premier du nom. Celui avec le capteur CMOS de 12 Mpx. Pour les photographes qui pratiquent depuis un certain temps, c’était le même capteur que celui des Nikon D300 ou D90. Une autre époque. 📷

Aujourd’hui, j’utilise le Fujifilm X100VI, dernière génération de cette lignée devenue presque mythique. Douze ans séparent donc ces deux sessions, mais aussi deux appareils très différents : le X100 original et son capteur de 12 Mpx, puis le X100VI avec son capteur de 40 Mpx, sa stabilisation et toutes les évolutions accumulées depuis.

Le lieu en question est Villefranche-sur-Mer.

Un village de bord de Méditerranée absolument magnifique, avec une ambiance presque italienne. Des façades colorées, des bateaux, des ruelles étroites, une lumière très particulière… et surtout cette proximité constante avec la mer.

Ce qui est intéressant, c’est que ces deux sessions photo se ressemblent énormément.

À chaque fois, elles ont duré environ une heure. Rien n’était vraiment prémédité. Pas de projet précis, pas de repérage, pas de préparation particulière. Juste une promenade avec un appareil photo.

Et surtout, à chaque fois, je suis resté au bord de mer.

Je crois que j’ai toujours été attiré par ces espaces. La mer crée quelque chose de particulier dans une photographie. Une respiration. Une lumière. Une sensation d’ouverture aussi. 🌊

Ce n’est qu’en terminant cette seconde session, réalisée il y a quelques jours, que je me suis dit qu’il pourrait être intéressant de comparer les images produites à douze ans d’écart.

Pas forcément pour comparer le matériel.

Mais plutôt pour observer ce qui avait changé dans ma manière de photographier.

Et finalement, ce qui m’a le plus surpris, c’est peut-être l’inverse : retrouver, dans certaines images, exactement les mêmes intentions. Les mêmes attirances pour certains sujets, certaines compositions, certaines ambiances.

Bien sûr, on évolue toujours. Le regard se précise, l’expérience apporte davantage de maîtrise. Mais je crois aussi qu’une partie de notre personnalité photographique est déjà là assez tôt. Face à une situation similaire, on a souvent tendance, presque inconsciemment, à faire des choix analogues. 👁️

Fuji X100 il y a 12 ans
X100vi

La composition repose également sur le même principe : un premier plan très présent, un arrière-plan flou, et le décor réduit à une ambiance plus qu’à une description précise du lieu. 🌊

Bien sûr, la seconde image me paraît aujourd’hui un peu plus maîtrisée. Le cadrage est plus stable, la composition plus affirmée. Mais au fond, l’intention est déjà exactement la même.

J’essaie déjà de simplifier l’image, d’isoler un détail banal et de faire exister le lieu à travers lui plutôt qu’à travers une vue d’ensemble.

Fuji X100 il y a 12 ans
X100vi

Ces deux images sont probablement moins fortes individuellement, mais elles racontent malgré tout quelque chose d’intéressant sur mon regard.

Je crois que je ne peux tout simplement pas m’empêcher de photographier les filets de pêche. Depuis longtemps, ils m’attirent visuellement. Il y a dedans quelque chose de très graphique : des lignes, des courbes, des superpositions, une forme de désordre organisé.

À douze ans d’écart, je retrouve exactement la même attirance pour ces textures et ces entrelacs. 👁️

Là encore, la seconde image me paraît un peu plus maîtrisée dans sa construction et dans sa gestion des couleurs. Mais au fond, la démarche reste identique : transformer un objet utilitaire banal en une image presque abstraite.

Fuji X100 il y a 12 ans
X100vi

À douze ans d’écart, je me retrouve à photographier le même type d’élément : cette rambarde rouillée qui longe la mer. Ce qui m’intéresse ici, c’est évidemment la ligne. Elle structure l’image, crée une profondeur et guide le regard vers l’horizon.

Mais la différence la plus importante vient sans doute de la lumière.

Sur la première image, réalisée à la tombée du jour, la mer est beaucoup plus calme et l’arrière-plan possède une douceur particulière. C’est probablement cette lumière, autant que la rambarde elle-même, qui a guidé mon choix à l’époque. Le point est d’ailleurs fait plutôt vers l’arrière-plan, comme si la rambarde servait surtout de cadre graphique pour accompagner le regard vers la mer.

Sur la seconde image, le choix est différent. Le point est fait sur la rambarde elle-même. Elle devient davantage le sujet principal, tandis que l’arrière-plan se transforme en ambiance.

Ce qui m’intéresse, c’est que la scène est presque la même, mais que la décision photographique change selon la lumière, l’état de la mer et ce que le lieu propose à ce moment précis.

Fuji X100 il y a 12 ans
X100vi

Dans les deux cas, la composition repose sur les mêmes lignes : le mur à droite, la rambarde qui guide le regard et cette ouverture vers la mer. 🌊

Mais cette fois, la présence humaine devient importante.

À douze ans d’écart, je photographie presque instinctivement une personne isolée face à la mer. Les attitudes sont différentes, mais l’intention reste proche : utiliser une silhouette pour donner une présence discrète dans un décor très calme, presque silencieux.

Là encore, la lumière joue énormément. Sur la première image, réalisée à la tombée du jour, la mer est parfaitement lisse et les couleurs sont beaucoup plus douces. Cela donne une ambiance très calme, presque méditative.

La seconde image possède une lumière plus froide et une mer un peu plus vivante. L’ambiance devient légèrement différente, mais le regard reste finalement le même : chercher une scène simple, épurée, où le paysage sert surtout à installer une sensation.

Conclusion

Finalement, cette petite comparaison montre une chose assez simple : le matériel est important, mais peut-être pas autant qu’on veut parfois le croire.

Bien sûr, le X100VI est infiniment plus performant que le premier X100. L’autofocus du modèle original était franchement limité, pour ne pas dire famélique. Le capteur, la réactivité, la stabilisation, tout a progressé.

Et pourtant, je préfère certaines images anciennes.

Parce qu’une bonne photo ne vient pas seulement d’un appareil. Elle vient d’un regard, d’une manière d’observer, d’une attention portée à la lumière, aux formes, aux détails, aux présences humaines.

Ces images montrent surtout que notre personnalité photographique change moins qu’on ne le pense. Douze ans plus tard, je suis encore attiré par les mêmes choses : les détails du bord de mer, les objets simples, les textures, les lignes, les silhouettes isolées face à l’eau.

La photographie, ce n’est donc pas seulement du matériel.

C’est d’abord une manière de regarder le monde.

J’ai aussi une théorie : on fait souvent la même photo, quelque soit le sujet

Pour finir, voici quelques photos des deux sessions, dont les sujets et les compositions ne se répondent pas forcément :

Fuji X100 il y a 12 ans
X100vi
Fuji X100 il y a 12 ans
X100vi
Fuji X100, il y a 12 ans
X100vi

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