Quand on commence la photographie, on ne pense pas au style. On ne pense pas à une direction. On ne pense même pas à progresser.

On photographie. C’est tout.

On sort, on regarde, on déclenche. Parfois beaucoup. Parfois n’importe comment. On teste, on recommence, on accumule. Certaines images nous plaisent. D’autres moins.

Mais on ne sait pas vraiment pourquoi.

Et au fond, ce n’est pas si important. Parce qu’à ce moment-là, on n’est pas en train de construire une démarche. On est simplement en train de découvrir.

Découvrir un outil, découvrir un regard, découvrir une manière d’être au monde, un peu différente.

Avec le temps, pourtant, quelque chose change, on commence à chercher, à comprendre, à affiner son regard.

Et sans vraiment s’en rendre compte, on entre dans un parcours. Celui que la plupart des photographes traversent.


Etape 1 – La découverte

Au début, il n’y a pas de cohérence, pas de direction, pas de style. Seulement une envie.

On photographie un peu tout ce qui nous entoure. Un détail, une scène, une personne, un paysage. On accumule des images, parfois sans grand sens, mais avec beaucoup d’énergie.

Cette phase est souvent sous-estimée. Pourtant, elle est essentielle. Parce qu’elle est libre. Elle ne cherche pas à bien faire, elle cherche à expérimenter.

C’est là que se crée le premier lien avec la photographie.

Un lien instinctif.

Comprendre le principe de fonctionnement d’un appareil photo est essentiel.

Etape 2 – L’apprentissage

Puis, assez vite, une frustration apparaît.

On sent que certaines images pourraient être meilleures. Qu’il manque quelque chose. Alors on commence à chercher, à comprendre, à progresser.

C’est la phase de l’apprentissage.

On découvre les bases : exposition, profondeur de champ, composition. On lit, on regarde des images, on teste des techniques. On essaye un peu tout : pose longue, HDR, flash, panoramique…

On s’éparpille parfois.

Mais ce n’est pas grave.

Cette phase est indispensable, parce qu’elle permet de construire un langage photographique. On ne sait pas encore ce que l’on veut dire, mais on apprend à s’exprimer.


Etape 3 – Le bon élève

À un moment, les choses deviennent plus maîtrisées.

On comprend mieux.
On contrôle davantage.
On applique ce que l’on a appris.

C’est la phase du bon élève.

Les images sont souvent propres, bien construites, bien exposées. On respecte les règles, parfois même un peu trop. On cherche à faire “comme il faut”, à produire des images qui fonctionnent.

Mais quelque chose manque. Une forme de personnalité.

Parce qu’à ce stade, on est encore très influencé par ce que l’on a vu ailleurs. On reproduit, souvent inconsciemment, des images déjà existantes. On cherche le beau, le réussi, le validé.

C’est une étape nécessaire, mais ce n’est pas une finalité.

La bon élève essaie de reproduire ce qu’il voit. Les paysages classiques.
On essaie différentes techniques : la pose longue
La street photo, façon classique

Etape 4 – La spécialisation

Puis, progressivement, une direction apparaît.

Un type de sujet revient plus souvent. Une manière de cadrer s’impose. Une sensibilité se dessine.

Sans vraiment le décider, on commence à faire des choix. C’est la phase de spécialisation.

On ne photographie plus tout avec le même intérêt. Certaines choses nous attirent plus que d’autres. On y consacre du temps, de l’attention, de l’énergie.

Et surtout, on commence à regarder autrement.

Le regard devient plus précis. Les images plus cohérentes. La pratique plus personnelle.

Vous le savez peut-être, je me suis spécialisé dans la photographie rapprochée

Etape 5 – L’émergence d’un style

Le style n’arrive pas comme une révélation. Il s’installe lentement.

À force de photographier, de trier, de choisir, de renoncer, on comprend mieux ce que l’on cherche. Ce que l’on aime. Ce que l’on ne veut plus.

Les images deviennent plus simples. Plus lisibles. Plus affirmées.

On ne cherche plus seulement à faire une belle photo.

On cherche à faire une image juste.

Une image qui nous ressemble.

Progressivement, un style a émergé : une esthétique sobre, poétique, colorée.

Une évolution logique… mais jamais linéaire

Avec le recul, ce parcours semble évident.

Mais lorsqu’on le traverse, il ne l’est pas.

On doute.
On hésite.
On change de direction.

Et c’est normal.

L’important n’est pas d’aller vite.

C’est de rester cohérent.

Un style ne se construit pas en changeant constamment de cap. Il se construit dans une continuité, même imparfaite.


Et vous ?

La majorité des photographes se situent quelque part entre l’apprentissage, le bon élève et la spécialisation. Ils ont plus rarement affirmé un style personnel.

Et c’est très bien comme ça. Parce que le style n’est pas un objectif à atteindre.

C’est une conséquence de votre pratique, de votre regard, de vos choix.

Alors la vraie question n’est pas : “Avez-vous un style ?”

Mais plutôt :

où en êtes-vous dans votre parcours ?

5 commentaires

  1. J’en suis probablement au stade bon élève. J’ai l’impression que la plupart de mes photos sont propres : expo, cadrage, netteté. Pas de style. Je montre peux mes photos. J’aime tout, l’animalier, la macro, voyage, famille, portrait… pas de spécialisation. Peut être plus d’animalier mais quand je m’écarte du classique, les proches à qui je montre mes photos n’aiment pas trop. J’ai joué avec des reflets, des flous d’avant plan, des decors dans lesquels j’intègre mon sujet qui sortent de l’habituel … et les retours sont mitigés. Donc pas de style, ce qui ne m’empêche pas d’exercer ma passion : la photo.

    1. Author

      Et c’est très bien comme ça en effet. Le stade du bn élève est celui pour lequel on sait tout faire, ou presque. Et surtout c’est celui pour lequel on prend beaucoup de plaisir. Merci pour ton partage Francis

  2. Je pense être le bon élève et la spécialisation. Mon thème de prédilection est l’animalier et plus précisément les oiseaux. J’ai affiné mes prises de vue en cherchant notamment à mieux me placer par rapport au sujet, mais reste frustrée quand un sujet m’échappe. Et avec les oiseaux, surtout petits et très vifs, ils me donnent encore du fil à retordre. Mais je continue à prendre du plaisir à chaque sortie photo.

    1. Author

      Se spécialiser, surtout en animalier et encore plus avec les oiseaux, c’est forcément se confronter à cette frustration. Ils sont rapides, imprévisibles, souvent hors de portée… et on a rarement une deuxième chance. C’est presque inhérent au sujet.
      Le fait que tu continues à prendre du plaisir malgré ça, c’est probablement le meilleur indicateur. C’est ce qui permet de durer, et d’avancer sans s’en rendre compte.

  3. Je suis probablement entre bon élève et spécialisation – ton « classement » des photos de ton article ci dessus me parlent bien et correspond assez bien à ce que je recherche…

    j’aime bien faire de belles photos (cadrage, compo, éclairage…) mais ce n’est plus suffisant …je cherche de plus en plus ce petit « truc » qui rend la photo intéressante (et pas seulement techniquement réussie)… j’aime bien varier les sujets et styles donc pas simple de se spécialiser mais c’est ce que j’aime …progression plus lente mais le plaisir de la variété dans ma pratique photo toujours enthousiaste …

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